Sommaire


Introduction: Le traumatisme et ses effets sur le corps

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Sujets abordés :

  • Les traumatismes font partie de notre vie
  • Il existe des approches pour transformer les traumatismes
  • La différence entre le traitement cognitif et le traitement centré sur le corps du traumatisme
  • Les différentes formes de traumatismes
  • Comment les animaux réagissent aux menaces
  • La réponse d’immobilité
  • Comment utiliser ce programme

L’évolution nous a fourni un moyen de gérer les traumatismes au moment où ils surviennent, pourtant, au moment de décider ce qu’il faut faire, notre éducation culturelle l’emporte sur l’instinct naturel de notre corps.

Le résultat est que nous stockons souvent l’énergie du traumatisme dans notre corps, ce qui entraîne des problèmes physiques inexpliqués, des problèmes émotionnels et des blocages psychologiques. Les outils proposés par Peter Levine ont aidé des milliers de victimes de traumas à exploiter leur capacité innée de guérison, qu’il s’agisse de vétérans de guerre, de victimes d’accidents de la route, de personnes souffrant de douleurs chroniques ou même de nourrissons ayant vécu une naissance traumatisante.

En identifiant comment et où vous stockez une détresse non résolue, en devenant plus conscient des réponses physiologiques de votre corps face au danger, puis en pratiquant des méthodes spécifiques pour vous libérer des traumatismes, vous apprendrez à traiter à la source – votre corps – les symptômes inexpliqués et à retrouver l’état naturel dans lequel vous êtes censé vivre.

Dans ce programme en ligne, le Dr Levine présente des exercices et des pratiques spécialement conçus pour aider toutes les personnes concernées à se reconnecter à son corps et à ses émotions. Les effets des traumatismes étant très personnels, ce programme a été conçu pour s’adapter facilement à une situation propre à chacun.


Qu’est-ce qu’un traumatisme ?

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Sujets abordés :

  • Comment le Dr Levine a commencé à travailler sur le traumatisme
  • La dissociation
  • Comment les traditions amérindiennes traitent les traumatismes
  • Ce que nous pouvons apprendre en observant la réaction d’un animal face à un traumatisme
  • Activation, désactivation et les mécanismes cérébraux du traumatisme

Comment les traumatismes affectent le corps

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Les causes et les symptômes d’un traumatisme

Avant de commencer les exercices guidés pour vous aider à résoudre les effets des traumatismes dans votre propre vie, il est utile de comprendre les causes possibles d’un traumatisme et d’identifier les différents symptômes qui peuvent en résulter.

Les événements traumatiques – quelle qu’en soit la cause – génèrent des effets, mineurs ou majeurs. Pour bien comprendre cela, il faut savoir qu’une personne peut être traumatisée par tout événement qu’elle perçoit (consciemment ou inconsciemment) comme susceptible de mettre sa vie en danger.

Cette perception est basée sur l’âge de la personne, son expérience de vie et même son tempérament. Par exemple, les bruits forts et soudains, comme le tonnerre ou les cris de colère des adultes, peuvent traumatiser les nourrissons et les jeunes enfants. Bien sûr, le tonnerre et les cris mettent rarement la vie en danger, mais en matière de traumatisme, le facteur déterminant est la perception d’une menace et l’incapacité d’y faire face.

Les catégories de traumatismes

Les causes de traumatisme peuvent être divisées en deux grandes catégories : les causes évidentes et les causes moins évidentes.

Les causes évidentes de traumatisme

  • La guerre
  • Les abus émotionnels graves, physiques ou sexuels pendant l’enfance
  • La négligence, la trahison ou l’abandon pendant l’enfance
  • L’expérience de la violence ou le fait d’en être témoin
  • Le viol
  • Les blessures et maladies invalidantes

Les causes moins évidentes de traumatisme comprennent une grande variété d’événements d’apparence ordinaires, mais qui s’avèrent traumatisants bien plus souvent qu’on ne le pense.

Veuillez donc lire lentement la liste suivante et observer attentivement vos réactions pour chaque évènement. Portez une attention particulière à vos sensations corporelles, comme les picotements, la tension ou le relâchement des muscles, votre respiration, et toute augmentation ou diminution du rythme cardiaque, de la température, etc.

D’une part, vous pourriez percevoir des images fugaces. Des couleurs ou des formes peuvent apparaître dans votre champ de vision intérieur. Vous pourriez avoir des pensées, des souvenirs ou des émotions fortes qui surgissent.
D’autre part, il se peut que vous ne ressentiez que très peu de réactions, voire aucune. Prêtez attention à ces choses qui se produisent spontanément. Quoi qu’il arrive, essayez de les remarquer objectivement, presque comme si vous étiez un observateur extérieur.

Prenez en note tout ce dont vous prenez conscience en parcourant cette liste et passez à la suite.

Les causes moins évidentes de traumatisme

  • Les catastrophes naturelles, notamment les tremblements de terre, les ouragans, les tornades, les incendies et les inondations.
  • Les maladies, surtout en cas de forte fièvre ou d’empoisonnement accidentel.
  • Les actes médicaux et dentaires invasifs, en particulier lorsqu’ils sont pratiqués sur des enfants attachés ou anesthésiés. (L’utilisation d’éther augmente le risque de traumatisme. Pour les adultes, de nombreux actes médicaux, comme un examen gynécologique, peuvent être vécus comme une agression).
  • Les accidents automobiles mineurs (même les accrochages), en particulier ceux qui entraînent un coup du lapin.
  • Les chutes et autres blessures dites mineures, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants ou de personnes âgées (par exemple, un enfant tombant d’un vélo).
  • Se retrouver seul, en particulier pour les enfants en bas âge et les bébés.
  • L’immobilisation prolongée, en particulier chez les enfants (plâtres ou attelles pendant de longues périodes, par exemple pour une scoliose).
  • L’exposition à une chaleur ou un froid extrêmes, en particulier chez les enfants et les bébés.
  • Les bruits forts et soudains, en particulier chez les enfants et les bébés.
  • Le stress de l’accouchement, tant pour la mère que pour l’enfant.

Écoutez maintenant votre corps

Comment avez-vous réagi en lisant cette liste ? Avez-vous ressenti un peu de nervosité à la lecture des différentes expériences qui peuvent être traumatisantes ? Si c’est le cas, ce que vous ressentez est une réaction normale lorsqu’on rappelle à quelqu’un des choses qui ont pu lui être pénibles dans le passé.

Voici quelques réactions courantes : Vous pouvez ressentir une réaction immédiate, comme l’estomac qui se serre ou le cœur qui bat fort, ou bien vous n’avez rien remarqué pendant la lecture, mais une fois celle-ci terminée, vous avez ressenti un léger nœud à l’estomac , ou encore, sans être conscient d’une quelconque réaction de votre corps, vous avez peut-être eu le souvenir d’une chute à vélo.

Il est très important de comprendre que la nervosité ou l’anxiété, et presque toutes les réactions que vous pouvez avoir, sont liées à l’éveil ou à l’activation de l’énergie que vous avez ressentie lors de l’événement initial. Quand vous êtes menacé, votre corps génère instinctivement beaucoup d’énergie pour vous aider à vous défendre contre la menace. C’est avec cette énergie que nous travaillons pour guérir les traumatismes, et nous devons donc en être conscients.


Les principales catégories de réactions traumatiques

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Les symptômes et leur ordre d’apparition

Pour commencer, il est important de souligner que nous devons considérer ces symptômes courants de traumatisme pour ce qu’ils sont vraiment. Lorsque notre corps éprouve un malaise, il nous envoie des messages. Ces messages ont pour but de nous informer que quelque chose en nous ne va pas et qu’il faut y prêter attention. Si ces messages restent sans réponse, ils se transforment avec le temps en symptômes de traumatisme.

Il est également important de noter que tous ces symptômes ne sont pas causés exclusivement par un traumatisme, et que toutes les personnes qui présentent un ou plusieurs de ces symptômes n’ont pas été traumatisées. La grippe, par exemple, peut provoquer une gêne abdominale qui ressemble aux symptômes d’un traumatisme. Il y a toutefois une différence : les symptômes produits par la grippe disparaissent généralement en quelques jours, alors que ceux produits par un traumatisme ne disparaissent pas.

Les premiers symptômes susceptibles de se développer immédiatement après un événement traumatique sont l’hyperexcitation, la contraction, la dissociation et le déni, ainsi que des sentiments d’impuissance, d’immobilité ou de blocage. Examinons chacun de ces éléments à tour de rôle.

L’hyperexcitation

Elle peut se manifester par des symptômes physiques : accélération du rythme cardiaque, transpiration, difficultés respiratoires (rapides, courtes, haletantes, etc.), sueurs froides, picotements et tension musculaire. Elle peut également se manifester par un processus mental sous la forme d’une augmentation des pensées répétitives, d’une agitation mentale et d’inquiétude.

Si nous acceptons ces pensées et ces sensations – en les laissant s’exprimer naturellement – elles atteindront un pic, puis commenceront à diminuer et à se dissiper. Au cours de ce processus, nous pouvons ressentir des tremblements, des secousses, des vibrations, des vagues de chaleur, une respiration profonde, un ralentissement du rythme cardiaque, une relaxation musculaire et un sentiment général de soulagement, de confort et de sécurité.

La contraction

Lorsque nous réagissons à une situation dangereuse, l’hyperexcitation s’accompagne initialement d’une contraction de notre corps et d’une réduction des perceptions. Notre système nerveux agit de manière à ce que tous nos efforts puissent être concentrés au maximum sur la menace. La contraction modifie la respiration, le tonus musculaire et la posture de la personne afin de favoriser l’efficacité et la force. Les vaisseaux sanguins de la peau, des extrémités et des organes internes constrictent afin d’envoyer davantage de sang dans les muscles, qui sont tendus et prêts à défendre. Dans le même temps, le système digestif est inhibé. On peut aussi se sentir insensibilisé et déconnecté.

Dissociation et déni

Woody Allen a dit : « Je n’ai pas peur de mourir. Je ne veux juste pas être là quand ça arrivera ». Cette boutade est une description assez précise du rôle joué par la dissociation. Elle nous empêche d’être submergés par la montée de la tension, de la peur et la douleur. Elle « adoucit » la douleur des blessures graves en sécrétant notre opium interne naturel : les endorphines. Lors d’un traumatisme, la dissociation semble être un moyen privilégié pour permettre à une personne de supporter des expériences qui, sur le moment, sont insoutenables.

Le déni est probablement une forme de dissociation moins puissante. La déconnexion peut se produire entre la personne et le souvenir ou les sensations liés à un événement particulier (ou à une série d’événements). Nous pouvons nier qu’un événement s’est produit ou faire comme s’il était sans importance. Par exemple, lorsqu’une personne que nous aimons meurt, ou lorsque nous sommes blessés ou violentés, nous pouvons faire comme si rien ne s’était passé, car les émotions qui accompagnent la reconnaissance de la situation sont trop douloureuses. De plus, la dissociation peut être vécue comme si une partie du corps était déconnectée ou quasiment absente. Souvent, une douleur chronique représente une partie du corps qui a été dissociée.

Sentiments d’impuissance, d’immobilité et figement

Si l’hyperexcitation accélère le système nerveux, un sentiment d’impuissance accablant en constitue son frein. Le sentiment d’impuissance que l’on ressent lors de ces moments n’est pas le sentiment d’impuissance commun qui peut affecter n’importe qui de temps en temps. C’est le sentiment d’être effondré, immobilisé et totalement impuissant. Il ne s’agit pas d’une perception, d’une croyance ou ou d’un effet de notre imagination. C’est réel.

Les symptômes d’un traumatisme : Une longue liste

Des symptômes précoces qui commencent à se manifester en même temps ou peu après ceux énumérés ci-dessus peuvent être les suivants :

  • Hypervigilance (être « sur ses gardes » en permanence)
  • Pensées intrusives ou flashbacks
  • Sensibilité extrême à la lumière et au son
  • Hyperactivité
  • Réponses émotionnelles exagérées et réactions de sursaut
  • Cauchemars et terreurs nocturnes
  • Sautes d’humeur soudaines (réactions de rage ou crises de colère, colères fréquentes, sanglots)
  • Honte et manque d’estime de soi
  • Capacité réduite à gérer le stress (facilement et fréquemment stressé)
  • Difficultés à trouver le sommeil

Plusieurs de ces symptômes peuvent également se manifester un peu plus tard, voire des années plus tard. N’oubliez pas que cette liste n’est pas destinée à établir un diagnostic. Il s’agit d’un guide pour vous aider à comprendre le fonctionnement des symptômes du traumatisme.

Les symptômes qui peuvent apparaître

  • Les attaques de panique, l’anxiété et les phobies.
  • Les absences, déconnexions, sensations de vide mental et de flou autour de soi.
  • Les comportement d’évitement (éviter des lieux, des activités, des mouvements, des souvenirs ou des personnes).
  • L’attirance pour les situations dangereuses.
  • Les comportements addictifs (suralimentation, consommation d’alcool, tabagisme, etc.).
  • Une activité sexuelle exagérée ou restreinte.
  • L’amnésie et les pertes de mémoire.
  • L’incapacité d’aimer, de nourrir ou créer des liens avec d’autres personnes.
  • La peur de mourir ou d’avoir une vie abrégée.
  • L’automutilation (sévices graves, coupures auto-infligées, etc.).
  • La perte de croyances (spirituelles, religieuses, interpersonnelles).

Le dernier groupe de symptômes met généralement plus de temps à se développer. Dans la plupart des cas, ils peuvent avoir été précédés par certains des symptômes cités juste avant. Cependant, il n’y a pas de règle fixe qui dicte quand et si un symptôme va apparaître.
Ce groupe comprend :

  • Une timidité excessive.
  • La diminution des réactions émotionnelles.
  • L’incapacité à prendre des engagements.
  • Une fatigue chronique ou une très faible énergie physique.
  • Les problèmes du système immunitaire et certains problèmes endocriniens, tels que le dysfonctionnement de la thyroïde et les allergies.
  • Les maladies psychosomatiques, en particulier les maux de tête, migraines, problèmes de cou et de dos.
  • Les douleurs chroniques.
  • La fibromyalgie.
  • L’asthme.
  • Les maladies de peau.
  • Les problèmes digestifs (syndrome du côlon irritable).
  • Un syndrome prémenstruel sévère.
  • La dépression et le sentiment de malheur imminent.
  • Les sentiments de détachement, de marginalisation et d’isolement (sentiments de « mort-vivant »).
  • Une capacité réduite à établir des projets.

Les symptômes d’un traumatisme peuvent être stables, c’est-à-dire toujours présents. Ils peuvent aussi être instables, c’est-à-dire aller et venir, et être déclenchés par le stress. Ils peuvent aussi rester cachés pendant des décennies et refaire soudainement surface. En général, les symptômes ne se manifestent pas individuellement, mais par groupes. Ils deviennent souvent de plus en plus complexes avec le temps, et sont de moins en moins liés à l’expérience traumatique initiale.

Les symptômes font passer un message

Il est important de comprendre que tous ces symptômes, ou certains d’entre eux, peuvent apparaître quel que soit le type d’événement à l’origine du traumatisme, et qu’ils peuvent disparaître et disparaîtront lorsque le traumatisme sera guéri. Pour guérir un traumatisme, nous devons apprendre à faire confiance aux messages que notre corps nous envoie. Considérez les symptômes du traumatisme comme des signaux d’alarme internes. Si nous apprenons à écouter ces appels, à accroître la conscience que nous avons de notre corps, et enfin à utiliser ces messages, nous pouvons commencer à guérir nos traumatismes.

Donc, si vous avez été troublés en lisant l’un de ces symptômes, vous pouvez peut-être réajuster votre réaction et la considérer comme l’étape initiale de votre chemin vers la guérison. Vous pouvez être reconnaissant que votre corps vous envoie des messages indiquant que la guérison doit avoir lieu.


Le combat, la fuite et la réponse d’immobilité

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Sujets abordés :

  • Le combat
  • La fuite
  • Le figement ou la réponse d’immobilité

Reconstitution d’un traumatisme

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La compulsion de répétition

Il existe un autre symptôme que nous devons prendre en compte avant de comprendre comment le traumatisme pénètre dans le corps et l’esprit et provoque des problèmes à long terme. C’est un symptôme moins direct que les autres, plus inhabituel et plus susceptible de créer des problèmes qui peuvent se développer à partir d’un traumatisme non résolu : la compulsion qui pousse à répéter les actions qui ont causé le problème initial.

Nous sommes inexorablement attirés par des situations qui reproduisent le traumatisme initial de manière plus ou moins évidente. Nous pouvons nous retrouver à revivre les effets du traumatisme, soit par des symptômes physiques, soit par une interaction totale avec l’environnement extérieur.

Les reconstitutions peuvent se dérouler dans le cadre de relations intimes, de situations professionnelles, d’accidents ou mésaventures récurrents et d’autres événements apparemment fortuits. Elles peuvent également se manifester sous la forme de symptômes physiques ou de maladies psychosomatiques. Les enfants qui ont vécu une expérience traumatisante la recréent souvent dans leurs jeux. À l’âge adulte, nous sommes souvent amenés à reconstituer nos premiers traumatismes dans notre vie quotidienne. Ce mécanisme est similaire quel que soit l’âge de l’individu.

Bessel Van der Kolk, un psychiatre qui a beaucoup contribué à la recherche sur le stress post-traumatique, raconte une histoire qui illustre de manière frappante les aspects dangereux et répétitifs de la reconstitution dans sa marche vers la résolution.

Un 5 juillet, à la fin des années 80, un homme est entré dans une épicerie à 6h30 du matin. Tenant son doigt dans sa poche pour simuler une arme, il a exigé que le caissier lui remette le contenu de la caisse. Après avoir récupéré environ cinq dollars en petite monnaie, l’homme est retourné à sa voiture, où il est resté jusqu’à l’arrivée de la police. Quand la police est arrivée, l’homme est sorti de sa voiture et, le doigt à nouveau dans sa poche, a annoncé qu’il avait une arme et que tout le monde devait rester loin de lui. Heureusement pour lui, il n’a pas été abattu et les policiers l’ont arrêté.

Au poste de police, l’agent qui a consulté le dossier de cet homme a découvert qu’il avait commis six autres prétendus vols à main armée au cours des quinze dernières années, tous à 6h30 du matin un 5 juillet ! En apprenant que l’homme était un vétéran du Vietnam, la police a supposé que cet événement était plus qu’une simple coïncidence. Ils l’ont emmené dans un hôpital pour vétérans situé non loin de là, où le Dr Van der Kolk a pu s’entretenir avec lui.

Le Dr Van der Kolk a directement demandé à l’homme : « Que vous est-il arrivé le 5 juillet à 6h30 du matin ? »

L’homme a répondu que lorsqu’il était au Vietnam, son peloton était tombé dans une embuscade tendue par les Vietcongs. Tout le monde avait été tué, sauf lui et son ami Jim. La date était le 4 juillet. La nuit est ensuite tombée et les hélicoptères n’ont pas pu les évacuer. Ils ont passé une nuit terrifiante ensemble, cachés dans une rizière, entourés par les Vietcongs. Vers 3h30 du matin, Jim a été touché à la poitrine par une balle vietcong. Il est mort dans les bras de son ami à 6h30 le matin du 5 juillet.

Après son retour aux Etats-Unis, chaque 5 juillet (qu’il n’a pas passé en prison), l’homme a rejoué l’anniversaire de la mort de Jim. Lors de la séance de thérapie avec le Dr Van der Kolk, le vétéran a éprouvé du chagrin pour la perte de son ami. Il a ensuite fait le lien entre la mort de Jim et la compulsion qu’il ressentait à commettre des vols. Une fois qu’il a pris conscience de ses sentiments et du rôle que l’événement initial jouait dans sa compulsion, l’homme a pu arrêter de reconstituer cet évènement tragique.

Quel était le lien entre les braquages et l’expérience du Vietnam ? En mettant en scène les cambriolages, l’homme recréait la fusillade qui avait entraîné la mort de son ami (ainsi que du reste de sa section). En forçant la police à se joindre à la reconstitution, il avait organisé la distribution des personnages censés jouer les rôles des Vietcongs. Ne voulant blesser personne, il a utilisé son doigt au lieu d’une arme. Il a ensuite poussé la situation à l’extrême et a pu obtenir l’aide dont il avait besoin pour guérir ses blessures psychiques. Cet acte lui a permis de résoudre son angoisse, son chagrin et sa culpabilité concernant la mort violente de son ami et les horreurs de la guerre.

Si nous observons le comportement de cet homme sans connaitre son passé, nous pourrions penser qu’il est fou. Cependant, avec un peu de contexte, nous comprenons que ses actions étaient une tentative originale de guérir une profonde cicatrice émotionnelle. Sa reconstitution l’a mené sur le fil du rasoir, encore et encore, jusqu’à ce qu’il soit finalement capable de se libérer du cauchemar écrasant de la guerre.


Les accidents « arrivent », tout simplement

Il est vrai que l’histoire de l’homme qui commet des vols chaque année le même jour est un exemple plutôt extrême. Cependant, il sert à illustrer le fait que nous pouvons nous donner beaucoup de mal pour créer des situations qui nous obligent à affronter et à gérer nos traumatismes non résolus.

Malheureusement, le lien entre la reconstitution et la situation initiale n’est pas toujours évident. Une personne peut associer un événement traumatique à une autre situation et répéter cette situation au lieu de la situation originale. Les accidents récurrents sont un moyen courant pour ce type de reconstitution, surtout lorsque les accidents sont similaires d’une manière ou d’une autre. Dans d’autres cas, la personne peut continuer à subir un type particulier de blessure. Les chevilles foulées, les genoux déchirés, le coup du lapin et même de nombreuses maladies dites psychosomatiques sont des exemples courants de reconstitutions physiques.

En général, aucun de ces prétendus accidents ne semble être autre chose qu’un accident. L’indice permettant de les identifier comme symptômes de traumatisme réside dans la fréquence à laquelle ils se produisent. Un jeune homme, abusé sexuellement dans son enfance, a eu plus d’une douzaine de collisions par l’arrière sur une période de trois ans. Dans aucun de ces « accidents », il n’était manifestement en faute.

La reconstitution fréquente est le symptôme le plus intriguant et le plus complexe du traumatisme. Ce phénomène peut être parfaitement adapté à l’individu, avec un niveau étonnant de « coïncidence » entre la reconstitution et la situation originale. Si certains des éléments de la reconstitution sont compréhensibles, d’autres semblent défier toute explication rationnelle.

L’histoire de Jack est un exemple de reconstitution qui a conduit à un accident. Jack est un homme très timide et sérieux d’une cinquantaine d’années. Il vit dans le Nord-Ouest. Lors de sa première rencontre avec le Dr Levine, Jack était très embarrassé par les raisons qui l’avaient poussé à consulter un thérapeute. Derrière cette gêne se cachait un sentiment omniprésent d’humiliation et de défaite.

L’été précédent, Jack amarrait son bateau et il a annoncé fièrement et de manière enjouée à sa femme : « C’est un beau travail, non ? » L’instant suivant, Jack, sa femme et leur enfant se sont retrouvés au sol. Jack avait laissé le moteur tourner au point mort pendant qu’il amarrait le bateau, et l’une des lignes s’était coincée dans l’accélérateur et l’embrayage. Soudain, le bateau a fait une embardée vers l’avant, et Jack et sa famille ont été projetés au sol.

Heureusement, personne n’a été gravement blessé, mais Jack a percuté un autre bateau, causant 5 000 $ de dégâts. Et comme si ça ne suffisait pas, Jack, complètement humilié, a hurlé contre le propriétaire de la marina quand ce dernier (qui pensait certainement que Jack était ivre) a insisté pour amarrer le bateau de Jack à sa place. En tant que batelier expérimenté issu d’une famille de matelots, Jack savait qu’il ne fallait pas laisser le moteur tourner au ralenti pendant l’accostage, et cet épisode de l’évènement lui a donné le coup de grâce.

Au fur et à mesure que Jack et le Dr Levine travaillaient ensemble, le traumatisme sous-jacent que Jack reconstituait devenait clair. Grâce à la sensation du toucher, une technique que nous utiliserons dans le programme de guérison des traumatismes en douze étapes, Jack a pu faire l’expérience de tenir une corde, la sentir s’enrouler sur ses bras et le brûler avant de tomber sur le dos. Cela a fait ressurgir une image de lui-même à l’âge de cinq ans. Alors qu’il faisait du bateau avec ses parents, il était tombé d’une échelle sur le dos. Il en avait le souffle coupé et il était terrifié parce qu’il ne pouvait plus respirer.

En explorant et en se remémorant cette première expérience, Jack a ressenti de façon très nette les muscles de ses cinq ans s’agrippant à l’échelle alors qu’il la gravissait fièrement. Ses parents, occupés à autre chose, ne l’ont pas vu jouer sur l’échelle. Lorsqu’une grosse vague a fait basculer le bateau, Jack a été projeté sur le dos. Pour ajouter à son humiliation, il a vu plusieurs médecins, et a dû répéter l’histoire à chaque fois.

Il y a un lien important entre ces deux événements – la chute de Jack à l’âge de cinq ans et son récent fiasco. Dans les deux cas, Jack montrait fièrement ses prouesses. Dans les deux cas, il a été projeté sur le dos, avec le souffle coupé littéralement et émotionnellement. Le bateau de son père s’appelait The High Seas. Une semaine avant sa récente mésaventure, Jack avait baptisé son propre bateau The High Seas.

En gardant cette histoire à l’esprit, vous pourriez rechercher dans votre propre vie des événements et/ou des accidents qui semblent étrangement se répéter, parce qu’ils pourraient bien être la marque d’un traumatisme non résolu. Il se peut que vous ayez complètement oublié l’événement original qui a déclenché le modèle de comportement que vous répétez à travers la reconstitution. En explorant ces possibles reconstitutions, vous aurez souvent le sentiment de savoir et de ne pas savoir. Lorsque vous travaillez avec ces schémas et les souvenirs qu’ils peuvent réveiller, faites confiance à votre intuition et donnez-vous la liberté d’explorer les liens cachés.

Curieusement, un autre symptôme peut se développer, c’est l’évitement. Si vous êtes tombé d’une échelle dans votre enfance, vous pourriez vous sentir forcé d’éviter les échelles, sans comprendre d’où vient cette aversion.


La relation entre traumatisme et spiritualité

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Sujets abordés

  • La relation entre les traumatismes et les pratiques spirituelles
  • Les quatre nobles vérités
  • La source de la souffrance
  • La souffrance est par nature un processus de transformation
  • Trouver la méthode qui fonctionne pour vous

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